Une arène de combat au Bataclan, le très mauvais goût de Pokemon Go

Publié le par Guillaume Narduzz du figaro

Une arène de combat au Bataclan, le très mauvais goût de Pokemon Go

Après avoir envahi Auschwitz, le musée de la Shoah à Washington DC et l'Ossuaire de Douaumont, les Pokémon ont fait de la salle de spectacle frappée par les attentats en novembre dernier un de leur théâtre de bataille. Une localisation qui remet une nouvelle fois en cause le jeu de réalité augmentée et son algorithme de Niantic.

Les fleurs, les bougies et les hommages ont laissé place aux Pokémon. Bientôt dix mois après les terribles attaques perpétrées dans Paris, il est désormais possible de conquérir virtuellement le Bataclan. Nous avons pu le vérifier: une arène de combat est en effet située à la hauteur de la salle de spectacle.

Une coïncidence, si cela en est une, plutôt gênante, qui conforte les nombreuses critiques à l'égard de ce jeu de réalité augmentée. Car même si l'algorithme de Niantic, basé sur des données géo-satellites, ne peut connaître à l'avance l'historique de l'emplacement, les développeurs auraient pu avoir la délicatesse, sinon la dignité, de ne pas en disposer ici. Ce n'est d'ailleurs pas la première fois que le jeu Pokemon Go se retrouve au cœur de polémiques.

En juillet dernier, les responsables du mémorial d'Auschwitz s'étaient insurgés contre Nintendo. Ils demandaient à la firme de retirer les Pokémons de l'ancien camps devenu... un Pokéstop! «Autoriser que de tels jeux puissent être utilisés à Auschwitz est un manque de respect pour les victimes du camp de concentration nazi», expliquait alors un porte-parole d'Auschwitz. Cela n'a pas freiné l'engouement de certains joueurs qui, sur les réseaux sociaux, partageaient leurs captures, à commencer par un Smogo, créature capable de générer du gaz toxique...

En France, le directeur de l'Ossuaire de Douaumont, situé dans la Meuse, a lui décidé de porter plainte contre l'installation d'une arène dans ce haut lieu de mémoire. Depuis, les Pocket Monsters auraient disparu des environs du monument dédié à la mémoire des soldats tombés à Verdun.

Appropriation des lieux publics

Mettre une zone de combat sur un lieu, frappé par les djihadistes, devenu un symbole de République, est en effet très embarrassant. «Surtout ce n'est pas respectueux vis-à-vis des familles des victimes. Il y a des centaines d'endroits où ils peuvent en mettre. Mais pas ici», confie William, 20 ans, chasseur de Dracolosse à 3500 points et plutôt très lui-mal à l'aise avec le sujet.

«C'est une question de respect et de dignité, on ne peut pas rire avec ces choses-là», ajoute-t-il. Il n'est pas le seul d'ailleurs, car la question interpelle et remet une nouvelle fois en question l'appropriation des lieux publics par le jeu historique de Nintendo.

La salle de spectacle, elle, est toujours en travaux, et rouvrira ses portes dès novembre prochain pour des concerts (Pete Doherty, Youssou N'Dour, entre autres). En attendant, le Bataclan voit désormais trôner fièrement au-dessus de lui… un Ronflex.

Une arène de combat au Bataclan, le très mauvais goût de Pokemon Go

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